Œil de DOM
Se coucher tard nuit. Me lever matin m’atteint.

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Imagination 22-2020 Élisabeth

samedi 6 juin 2020, par Dominique Villy

Mots :
jour ouvrir corail oiseau place
Photo :
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Elle travaille à la disqueuse. À main levée. Quand elle attaque une tôle rouillée, les gerbes d’étincelles sont sa parure. Les six kilos de la machine s’effacent. Seul compte son regard d’oiseau de proie, perçant quoi que masqué. Pas de dessin préalable. Pas de marquage. Elle effleure le métal, elle trace en direct dans l’épaisseur qui geint, qui se rebelle, qui grince mais qui se plie à la volonté du disque d’émeri. La matière est inerte. Le disque, lancé à six mille tours/minute, suit la volonté inflexible de Jasmine, creuse le sillon, arrache les particules qui fusent, dessine dans le fer les images que l’artiste conçoit dans sa tête.
Drôle de petite bonne femme. Elle met tout son cœur dans son métier. Drôle de métier.
À la naissance du jour, elle arrive dans son atelier, un peu éloigné du village, nuisances sonores obligent. Sa première tâche est d’ouvrir les larges vantaux de la porte en bois mal équarri. L’odeur de feu, de moteur électrique en surchauffe et de fer refroidi n’est pas agréable au petit matin. De plus l’air frais, paraît-il, active la circulation sanguine...et l’imagination.
Elle porte déjà sa tenue de travail, une salopette multicolore constellée de trous minuscules, œuvre des étincelles, de robustes chaussures de sécurité, une casquette marquée PanAm. Ne lui reste qu’ à cacher ses longs doigts aux ongles manucurés revêtus d’un vernis corail dans des gants de cuir épais, et gagner son poste de travail, un établi d’acier.

En place.

Moteur.

Ça tourne.

Dom